Macabre musical

Réinterprétation du dictionnaire en un livre-objet ludique et expérimental.

Le projet Macabre musical est né lorsque, avec Samuel Vermeil, nous avons constaté que les dictionnaires étaient les premiers livres à souffrir de la crise de l’imprimé. Rares sont les personnes qui achètent encore des dictionnaires papier, et les libraires arrêtent tout simplement de les commander. À mon avis cela est dû à l’instantanéité des dictionnaires en ligne, beaucoup plus pratique, mais qui pourtant ne restitue pas une caractéristique essentielle du dictionnaire : la manière dont on peut y déambuler, s’y perdre. On cherche un mot, puis cela nous fait penser à un autre, qu’on va voir, et ainsi de suite. J’ai alors décidé de créer un livre à partir d’un dictionnaire, qui serait voué uniquement à cette pratique.

Le résultat ressemble un peu à un jeu de pistes : en commençant par n’importe quelle définition, le principe est de naviguer de définition en définition. Pour les franchir, on se sert de la lettre « M » : quand on voit un mot commençant par la lettre « M », on peut s’en servir pour se rendre à une autre définition. Pour ce faire, des renvois ont été ajoutés en-dessous des paragraphes. Le but du jeu est de couvrir le plus grand nombre de définitions, en parcourant le chemin le plus long possible : de « macabre » à « musical ».

Pour contraster avec cet usage intuitif du livre, j’ai tâché de rendre l’objet le plus mécanique et le plus brut possible : pour cela, j’ai scanné les pages d’un vieux dictionnaire, les mots ne commençant pas par « M » ont simplement été ôtés et les vides laissés tels quels. Les renvois ont été ajoutés en bas de chaque définition dans une police monospace orange. Le papier est similaire à celui utilisé sur les rotatives dans l’industrie du journalisme, ce qui lui donne une certaine transparence, les pages sont reliées entre elles par une couture Singer et les bords perdus n’ont pas été coupés.