L’étranger

Ce livre est le produit d’une série d’expérimentations visant à questionner les aspects périplastiques de l’objet-livre.

Face au succès des livres numériques, j’ai constaté qu’aujourd’hui, on n’achète pas un livre uniquement pour son contenu brut — le texte — mais aussi pour tous les aspects qui se trouvent autour : sa couverture, son odeur, ses matières, ses bruits… Tous ces détails qui finalement font l’âme du livre, créant un rapport au lecteur beaucoup plus intime et sensible.

La création et la production de livres aujourd’hui se doivent, plus que jamais, de composer avec ces paramètres pour entretenir une relation privilégiée entre l’objet imprimé et son utilisateur.

C’est pourquoi je cherchais à créer un objet qui mettrait en avant ces aspects avant tout, un livre-témoin de la situation des livres à notre époque.

J’ai travaillé à partir d’un roman de taille moyenne, reconnu et apprécié internationalement : L’étranger d’Albert Camus. Un livre à la fois très riche et très populaire, qui s’adresse à tous. On y suit le déclin d’un personnage qui n’est pas conforme avec son environnement. Pour donner au récit une forme cohérente avec son contenu, j’ai inversé l’intérieur et l’extérieur en traitant le texte intégral comme une couverture, enveloppant une série de couvertures situées à l’intérieur.

Celles-ci présentent une sélection d’aspects périplastiques constituant le charme du livre : techniques d’impression différentes, supports différents, gaufrage, finitions, etc. L’objet principal du livre devient ses caractéristiques secondaires tandis que le texte, imprimé en corps 2, est renvoyé au statut de matière brute et uniforme — bien qu’il reste lisible à l’œil nu. L’objet final possède la même taille, le même poids et occupe exactement le même volume que le livre original.