Lesterfilm

Refonte de l’identité visuelle de la société de production Lesterfilm. Refonte du site web, de la papèterie et création d’un stop-motion.

Formée à Montpellier, installée à Paris depuis 10 ans, la société de production Lesterfilm s’est fait un nom et une place dans le paysage audio-visuel en écrivant, produisant et réalisant des films, des publicités, des documentaires, des clips musicaux et des lives.

Désormais habitué des plateaux de tournage, et sur le point de travailler avec ses premiers clients internationaux, son fondateur Jonathan Lester est venu me voir pour un rebranding total de la marque. Soucieux de ne pas rompre radicalement avec son histoire et induire dans le nouveau logo les enseignements du passé, il souhaitait une identité en retenue, suffisamment élégante pour aborder des nouveaux clients mais assez humble pour donner une impression de continuité, et mettre en avant plutôt le « crew » que son propre nom.

C’est donc tout naturellement que nous avons opté pour un lifting de l’ancien logo, qui travaillait sur le potentiel graphique des initiales et l’idée de réserve. À travers un travail de collage-découpage, j’ai évidé les parties inutiles pour ne garder que l’essentiel : deux rectangles et trois triangles. L’idée de « découpage » y est centrale. Cela me faisait penser aux chutes de pellicules qui traînaient sur les tables de montage lors de la découpe des différents plans à l’âge d’or du cinéma, à l’expression « coupez ! », mais on la retrouve aussi dans le découpage technique, sorte de grand schéma auquel tous les membres de l’équipe peuvent se référer, ce qui désignerait Lesterfilm comme la centralisation de tous les savoir-faire du cinéma.

Cela donne un logo juste assez singulier pour que la société puisse se l’approprier, mais avec une sorte de nonchalance qui apporte du recul, une attitude flegmatique, preuve d’assurance et de contrôle.

L’identité fonctionne avec le Futura. Du logo de Canal+ (dessiné par Étienne Robial) aux titres de films de Wes Anderson, sa rigueur géométrique a su se faire une place importante dans l’imagerie graphique du cinéma. Mais pour ne pas empiéter sur le territoire de la concurrence, j’avais en tête de l’investir dans un registre un peu plus eighties, presque science-fiction, en l’utilisant exclusivement en Light et avec toujours une grande approche dans les titres. C’était également le moyen d’investir sa généalogie Bauhaus, souvent oubliée. Sur supports web comme print, cela nous oblige à ralentir la lecture, convoquant une grande élégance.

Pour dynamiser cette identité apaisée, j’ai dessiné, d’après les formes de découpe du logo, un caractère typographique sur-mesure pour Lesterfilm. Il intervient dans les gros titres lorsque la compréhension est renvoyée au second plan. Par exemple, lorsqu’on se trouve sur une des pages du site et qu’on n’a plus besoin de savoir son nom.

Si le logo repose sur une notion de réserve, toute la direction artistique repose sur cette même idée. Dans le site web comme sur la carte de visite, je la décline sur un principe de positif-négatif. Le haut des pages présente une image sombre encadrée de noir, comme lorsqu’on se trouve dans une salle de cinéma, puis en scrollant vers le bas les lumières s’allument et on découvre les informations.

Parce que Lesterfilm désirait communiquer sur la virtuosité de ses prestations, et que je leur ai écrit une stratégie axée sur le savoir-faire avant tout, je souhaitais utiliser essentiellement des photos de tournage. L’idée était d’y montrer à la fois les sujets filmés, le matériel utilisé, mais aussi et surtout, l’équipe au travail. Montrer que derrière Lesterfilm, il y a une grande famille très soudée et très professionnelle. J’ai accumulé une immense quantité de photos et les ai minutieusement choisies pour mettre en place ce storytelling. On maintient la confidentialité des tournages en n’ayant jamais de regards caméra. On laisse supposer la présence du crew mais sans trop les théâtraliser en les montrant la plupart du temps en retrait, de dos ou en laissant apparaître uniquement les mains. On les voit tout le temps occupés, affairés, pris eux-mêmes sur le vif de leur action quotidienne.

Une grande difficulté de cette DA était de trouver un moyen de faire cohabiter élégamment des photos en noir et blanc avec des photos couleur. Si le rythme auquel elles s’enchainent sur le site web est méticuleusement étudié, le travail de retouche n’est pas moins minutieux. Les photos en noir et blanc ont un contraste fort, tandis que les photos couleur, souvent très saturées, ont bénéficié d’un traitement inspiré des pellicules Kodak Ektachrome. Très chaudes, contrastées et au grain très fin, leur allure argentique se marie bien avec l’utilisation retro du Futura et le principe de positif-négatif.